Epinay-sur-Orge/Perray-Vaucluse

L’hôpital psychiatrique devra payer 12 000 € à l’ancien malade

LE PARISIEN Essonne  Mardi 28 novembre 2006

C’est l’aboutissement d’une véritable guérilla judiciaire. André Bitton, un ancien patient du centre hospitalier Perray-Vaucluse, ferraille depuis maintenant plus de quinze ans contre cet établissement, où il fut placé pendant vingt mois, de 1986 à 1987. Déterminé à faire entendre ses droits, l’intéressé vient de gagner une bataille décisive.

Le tribunal de grande instance de Paris a en effet condamné l’hôpital psychiatrique à verser à André Bitton la somme de 12 000 €. Concrètement, la justice rappelle que la mesure de placement dont il faisait l’objet était illégale et que son traitement médical lui a été administré sous la contrainte. Surtout, et c’est là l’originalité de ce jugement, elle lui reproche les tâches confiées à André Bitton tout au long de son séjour.

Plonge dans les cuisines, lingerie, nettoyage des toilettes ou des salles de bains se succédaient au rythme d’environ cinq heures par jour. En contrepartie : l’équivalent de cinq timbres poste par jour, comme le prescrit une circulaire de 1958, soit à peu près 2 €, auxquels s’ajoutait chaque mois un " pécule " de 7 €. Comme justification, l’établissement psychiatrique évoquait " l’ergothérapie ", une " science " prônant l’amélioration de l’état du patient par le travail. Une vision radicalement opposée à celle d’André Bitton, qui évoque quant à lui de l’" esclavage ", aggravé par la prise répétée de neuroleptiques surpuissants. " A l’époque, j’étais malade, reconnaît-il. J’entendais des voix, j’avais des hallucinations. Mais ce n’est pas pour cela qu’on devait me traiter comme un chien ou un sous-homme. "

Depuis, André Bitton a d’ailleurs repris une vie normale. Grâce à la psychothérapie et à une discipline sportive régulière, il a retrouvé son équilibre mental. A tel point qu’il a pris la tête du Groupe information asiles (GIA), une association qui lutte contre " l’arbitraire en psychiatrie. " Prochain cheval de bataille de cette structure : faire connaître ce jugement, une première judiciaire en matière d’ergothérapie. S’il fait jurisprudence, le GIA se tournera ensuite vers le ministère de la Santé pour demander l’abrogation de la circulaire de 1958 et le paiement aux malades d’un véritable salaire.

A Perray-Vaucluse, le travail " au pécule " a disparu depuis plusieurs années. Ce n’est pas le cas partout. " A Sarreguemines, les malades fabriquent des chevaux de bois vendus sur le marché au profit de l’établissement, rappelle André Bitton. A Montfavet, près d’Avignon, les femmes assemblent des guirlandes électriques… " Contactée, la direction de Perray-Vaucluse n’a pu être jointe.

Nicolas Jacquard